Posts Tagged ‘quantification des fuites valvulaires’

Écholalie ou la la land?

19 mars 2017

Pendant l’ACC 2017 , la fine fleur de l’imagerie américaine publie de nouvelles recommandations sur l’évaluation des fuites valvulaires sur valves natives.

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L’écho des guidelines d’écho parvient jusqu’à nous. Ces nouvelles recommandations sont passionnantes, ce qui, pour des recommandations, est un exploit qui mérite d’être souligné!

Dans le premier chapitre, (qui a été écrit pour moi, merci Willy!), l’anatomie et la description de la valve régurgitante est mise à l’honneur. Une fuite importante, c’est avant tout une dysfonctionnement valvulaire sévère, avec un mécanisme qu’il est indispensable de décrire. (J’en profite pour glisser un de mes petits poèmes japonais: pour savoir pourquoi une valve fuit, il faut déjà savoir comment elle se ferme!)

Première nouveauté, elles s’appuient sur une site internet amené à être alimenté dans le futur, qui présente déjà des cas cliniques commentés très intéressants.

Enôorme nouveauté, ces recommandations intègrent l’IRM cardiaque, avec des recommandations et des valeurs seuils claires pour l’évaluation des fuites valvulaires.

Le 3D est (enfin) mis à l’honneur, essentiellement pour les calculs de volumes VG en ett, et pour l’analyse fine de la valve en ETO, avec une mention spéciale pour la planimétrie de la PISA en 3D couleur, pour les insuffisances mitrales secondaires.

Last, but not least, l’échographie d’effort est enfin admise dans l’évaluation des insuffisances mitrales, sur vélo couché, c’est beau comme une comédie musicale américaine qui rendrait hommage à Jacques Demy… Ce rapprochement avec les Européens est d’ailleurs scellé par d’autres recommandations écrites conjointement entre ASE et EACVI sur l’évaluation en échographie de stress des cardiomyopathies non ischémiques. avec en premier auteur P Lancellotti, grand prêtre de l’échographie d’effort de la valve mitrale.

Bonne lecture, et n’hésitez pas à partager vos sentiments sur ces nouvelles recommandations!

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Karma Chameleon

28 novembre 2015

Mais ou passe donc la couleur?
L’insuffisance aortique est elle une valvulopathie au karma de caméléon, la couleur se fond dans le décor?

Voici donc une autre fuite volumineuse « découverte » (le souffle était connu) au stade de la cardiomyopathie dilatée.
La clinique est univoque, PA à 170-60, hyperpulsatilité avec danse arterielle, souffle diastolique intense.
Le jet est très excentré et n’est réellement visible qu’en PSPA, et en 5 cavités. En PSGA, il parait minime.
Les éléments qui orientent vers l’IA sévère, (responsable de la CMD), sont la relative préservation du débit malgré une FEVG altérée, l’hyperpulsatilité de la crosse et la présence d’un reflux holdiastolique dans la crosse. Surtout, le mécanisme est compatible avec une fuite sévère, il existe sur la coupe petit axe un prolapsus complet (ou une rétraction?) de la cusp coronaire gauche. (cliquez sur les vignettes pour les agrandir).

PSGA from fish Nip echocardiographie on Vimeo.

00028 from fish Nip echocardiographie on Vimeo.

_00030 from fish Nip echocardiographie on Vimeo.

Crosse from fish Nip echocardiographie on Vimeo.

Nous avons également, comme Clément, demandé à notre coronarographiste une angiographie sus-sigmoidienne, qui en trois diastoles va mettre un terme, poli mais ferme, à la discussion…

aorto from fish Nip echocardiographie on Vimeo.

Ces deux cas cliniques, qui se télescopent par hasard sur ce blog, illustrent la nécessité dans ces situations associant Insuffisance aortique et Cardiomyopathie Dilatée, d’analyser attentivement le mécanisme de la fuite. Si il existe un mécanisme facilement identifiable avec une grosse dysfonction valvulaire, il est probable que la fuite soit la cause de la CMD. C’est le principe de ce travail préliminaire d’une équipe (qui m’est particulièrement sympathique ;)). Le but était d’évaluer la faisabilité de la planimétrie directe de l’orifice régurgitant grâce à l’ETO 3D (vous trouverez un exemple ici). Le même travail avait été réalisé en scanner cardiaque, avec des images très superposables.

Éteignons la couleur.


Boy George – Karma Chameleon par katou264

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la sphingomanometriose 2

25 novembre 2015

Ça parait difficile à croire, et pourtant ce cas clinique est bien celui d’une insuffisance aortique importante, vue très tardivement, au stade de la dysfonction VG sévère avec des gros volumes VG et une FEVG à 15%. C’est précisément ce qui attire l’œil, car si, comme le suggère Katon93, nous ne quantifions pas les valvulopathies minimes en routine, le calcul du débit cardiaque est de bonne guerre dans l’évaluation de la CMD. Or ici, le débit est à 7,5 l/min malgré la FEVG à 15%.
La dilatation majeure du VG (près de 300 ml), permet de générer un hyper débit malgré l’altération de la FEVG.
Le PHT est court, mais on pourrait incriminer une élévation de la PTDVG sans rapport avec le volume de la fuite.
Le reflux dans la crosse est également un autre argument sensible pour la fuite importante.

Mais comment expliquer un flux couleur aussi petit?
Je n’ai pas de réponse univoque mais je vous propose deux explications, et serais ravi de lire les vôtres.

La premier est celle du jet excentré.
La fuite aortique sur aorte dilatée engendre souvent, pour peu que cette dilatation ne soit pas harmonieuse, un prolapsus asymétrique avec une IA très excentrée, dont le jet peut-être manqué sur les coupes habituelles. Le jet se colle en suite sur une paroi qu’il « moule », selon l’effet Coanda (qui fera bientôt l’objet d’un nouveau post).

La seconde explication est celle de la sphingomanometriose, inventée pour l’occasion.
Si vous prenez un sphygmomanomètre dont la valve fonctionne, chaque pression sur la poire va faire monter l’aiguille, et l’air ne pourra pas s’échapper pendant la diastole de la poire.

Untitled from fish Nip echocardiographie on Vimeo.

Si en revanche vous ne serrez pas la valve (ou mieux, si elle est cassée), la prise de pression est un vrai challenge. Il faut donc appuyer plus fort et plus vite sur la poire, et à ce prix, il devient possible de faire monter l’aiguille. La surcharge de volume est compensée par la tachycardie, la diminution du temps de diastole et l’augmentation des pressions systoliques et diastoliques VG. La fuite, toujours présente, est alors minimisée. (C’est le principe du test de force dans les fêtes foraines, avec la cloche qu’il faut faire sonner d’un coup de masse).

Untitled from fish Nip echocardiographie on Vimeo.

(Oui, j’ai une bonne expérience du manomètre cassé dans le box de consultation…)

Tout cela est très bien synthétisé dans les tableaux 5 et 6 de cet article de W. Zoghbi dans le EHJ imaging.
Le tableau 5, qui compare la pertinence de chaque outil, n’est pas très tendre avec le Doppler couleur.
La performance de l’auscultation (une fois l’appareil d’écho éteint) et de la prise de pression artérielle au même sphygmomanomètre (avec la différentielle élargie), dans ces situations, est loin d’être anecdotique.

J’espère que Clément pourra nous apporter des précisions sur la suite de la prise en charge de cette patiente, et sur les autres méthodes d’investigation utilisées (IRM? Angiographie sus-sigmoidienne?).
Merci pour vos commentaires, (passés et futurs!),
A bientôt,
Philippe

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Thierry la fronce

15 novembre 2010

Dans le dernier billet, je sollicitais votre avis sur le mécanisme de la fuite aortique de ce patient qui présente un anévrisme disséquant de l’aorte initiale et un tableau très évocateur d’une endocardite à Staphylocoque. La cusp antero-droite de la valve aortique, en haut de la coupe ETT, présente des irrégularités que j’ai interprétées à tort, dans ce contexte, comme une possible perforation.
Pourtant, il suffisait de tourner la sonde en petit axe pour avoir une idée de la réponse :


Untitled from fish Nip echocardiographie on Vimeo.

La cusp antero-droite (toujours en haut en ETT) est « pliée », étirée par la distension et déformation annulaire induite par la dilatation aortique. La fuite est centrale, il n’y a pas de lésion évocatrice d’endocardite. J’avais déjà évoqué cette histoire de « fronce » des cusps de la valve aortique ici. L’analyse 3d prend tout son sens : vue d’en haut, il est difficile de comprendre ce qu’il se passe, et vue de profil, la déformation de la cusp est visible mais c’est le mécanisme de cette déformation qui est obscure.

Dans cet article du CNRS (qui a failli me réconcilier avec les maths), il est expliqué la différence entre un pli et une fronce, et, pour illustrer leur propos, les auteurs ont fait appel… à une animation 3d!
Si les chirurgies de plasties aortiques se développent,  l’analyse 3d sera certainement de la partie, pour décrire précisément les mécanismes de ces fuites.

Et juste parce que ce billet est vraiment trop sérieux, avec des maths et tout et tout, un jeu de mot moisi et un petit clin d’œil à une de mes références fétiches, avant Yoda, avant même Raoul Volfoni et sa bande : 

Enjoy!

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