Quelques trucs sur le VD

Le mon­sieur a été opéré du coeur dans la petit enfance, avec une vraie ster­no­to­mie et une vraie cica­trice au milieu. Il ne sait RIEN de plus, et nous non plus. Il est asymp­to­ma­tique, et pré­sente un souffle proto-meso dias­to­lique au foyer pul­mo­naire, 3/6ieme. Voici son écho (cli­quez deux fois sur la vignette pour la voir en grand) :

4 cavi­tés cen­trés sur le VD :

4cav VD from fish Nip echo­car­dio­gra­phie on Vimeo.

Para­ster­nale petit axe :

PSPA from fish Nip echo­car­dio­gra­phie on Vimeo.

Le sep­tum inter auri­cu­laire est nor­mal. Que pen­sez vous de ce cœur droit?

Ce cas cli­nique illustre une des pré­oc­cu­pa­tion actuelle des echo­car­dio­gra­phistes : l’analyse de la fonc­tion VD.
Par­tant d’une igno­rance quasi totale, les indices arrivent pas à pas pour ten­ter d’apprécier la fonc­tion ven­tri­cu­laire droite. Le TAPSE, la frac­tion de rac­cour­cis­se­ment de sur­face, l’onde S DTI, l’indice de TEI, et bien­tôt la frac­tion d’éjection volu­mique en 3D et le strain lon­gi­tu­di­nal glo­bal du VD

Plu­sieurs limites s’opposent à une bonne connais­sance de la fonc­tion VD:

- la pre­mière, la plus clas­sique, est la mor­pho­lo­gie même de ce ven­tri­cule, avec sa forme de cor­ne­muse, sa chambre d’admission et sa chambre d’éjection qui ont une angu­la­tion à près de 90°. L’IRM, (qui a comme par­ti­cu­la­rité géné­rale de s’autoproclamer exa­men de réfé­rence sur à peu près tous les sujets), s’affranchit de ce pro­blème par la mesure des volumes et de la frac­tion d’éjection sans modé­li­sa­tion mathé­ma­tique. Il est pro­bable que l’ETT 3D per­mette de rejoindre ces per­for­mances dans quelques années.

- la seconde limite est le nombre de fac­teurs influen­çant son fonc­tion­ne­ment. Le VG, dont le but ultime est l’éjection, se com­porte de façon assez binaire des lors que la qua­lité de rem­plis­sage est cor­recte. Le VD, à certes besoin de contrac­ti­lité, d’un bon jeu val­vu­laire mais aussi d’une pré et post charge nor­male, d’un fonc­tion­ne­ment nor­mal du péri­carde, de pres­sions intra-thoraciques nor­males, et d’une fonc­tion VG normale.

- le troi­sième (et pas des moindres) obs­tacle à la com­pré­hen­sion de la phy­sio­lo­gie VD et la manie de vou­loir abso­lu­ment trans­po­ser au VD ce qui à été fait sur le VG (FE Simp­son, E/E’, strain lon­gi­tu­di­nal…). Le rôle du VD est d’assurer un rem­plis­sage VG quelques soit les condi­tions de volé­mie, de pres­sions intra-thoracique, et la qua­lité de la contrac­tion VG. Résu­mer sa fonc­tion à la seule étude de sa fonc­tion contrac­tile (qui de toute façon dépend du rem­plis­sage, de la sur­face cor­po­relle, du genre..) est pro­ba­ble­ment trop simple. (Sans par­ler de résu­mer la fonc­tion contrac­tile au dépla­ce­ment de l’anneau late­ral, en le mesu­rant par deux méthodes simi­laires, l’onde S DTI et le TAPSE, pour se don­ner bonne conscience). Lorsque la dys­fonc­tion VD sys­to­lique est per­ma­nente, les thé­ra­peu­tiques sont très limi­tées (diu­ré­tiques, anti­al­do­sté­rones), la resyn­chro­ni­sa­tion est moins effi­cace, la chi­rur­gie car­diaque est sou­vent récu­sée etc… Il nous faut donc pro­ba­ble­ment des indices plus fins, plus pré­coces, pour gui­der les gestes thérapeutiques.

Si la fonc­tion VD ne se résume pas à sa fonc­tion sys­to­lique, c’est qu’il faut pour l’apprécier au mieux éva­luer sa fonc­tion dias­to­lique, c’est à dire sa capa­cité à gérer une sur­charge de volume (ou de pres­sion), sans aller réveiller son voi­sin de chambre (le gros VG qui ronfle).( J’en avais déjà un peu parlé ici). Pour cela, il y a plu­sieurs pistes :

1– La majo­ra­tion ins­pi­ra­toire de la fuite tri­cus­pide, deve­nant lami­naire et à basse vélo­cité, (équi­valent écho­gra­phique du signe de Car­valho) est un signe de sur­charge volu­mique VD

1– Des varia­tions res­pi­ra­toires du flux mitral et aor­tique, du volume d’une régur­gi­ta­tion mitrale, en l’absence de mala­die péri­car­dique ou de grande hypo­vo­lé­mie (c’est à dire avec une veine cave infé­rieure de taille nor­male ou dila­tée) signent une inca­pa­cité du VD à hono­rer une de ses taches essen­tielles (exemple ici)

2– l’inversion res­pi­ra­toire de la cour­bure sep­tale avec un dépla­ce­ment du SIV vers le VG est éga­le­ment un signe d’interaction VD/VG délétère

En résumé, il parait dif­fi­cile d’apprécier un VD sans étu­dier sa réponse aux varia­tions de charge et de pres­sions tho­ra­ciques. En dehors de la ven­ti­la­tion méca­nique, s’amuser à faire varier les pres­sions tho­ra­ciques est un exer­cice qui ne serait appré­cié d’aucun comité d’éthique. Les varia­tions de volé­mie sont donc les plus simples à obte­nir. Il fau­drait peut-être envi­sa­ger des tests dyna­miques, un peu comme avec la FFR qui ren­seigne sur la fonc­tion coro­naire, au delà de l’image de sténose ?

Ces consi­dé­ra­tions sont tota­le­ment per­son­nelles, elles n’engagent que moi, et encore, de façon ano­nyme et en CDD. Il est assez rare que ce type de post soit com­menté, mais je suis pre­neur de tout com­men­taire ou sug­ges­tion sur le sujet : quelles sont vos pra­tiques? quels indices uti­li­sez vous en rou­tine sur le VD?
A bientôt!

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13 Responses to Quelques trucs sur le VD

  1. H dit :

    L’indice iva en m/s² me semble inté­res­sant pas trop contrai­gnant!!
    temps d’accélération de la contrac­tion iso­vo­lu­mique /pic de velo­cité contrac­tion iso­vo­lu­mique
    ps seuil 3 a 4 m/s²

    1. Vogel M, Schmidt MR, Kris­tian­sen SB, et al. Vali­da­tion of myo­car­dial acce­le­ra­tion during iso­vo­lu­mic contrac­tion
    as a novel nonin­va­sive index of right ven­tri­cu­lar contrac­ti­lity : com­pa­ri­son with ven­tri­cu­lar pressure-volume rela­tions
    in an ani­mal model. Cir­cu­la­tion 2002 ; 105 : 1693–9.
    2. Lind­q­vist P, Wal­dens­tröm A, Wiks­tröm G, Kaz­zam E. The use of iso­vo­lu­mic contrac­tion velo­city to deter­mine
    right ven­tri­cu­lar state of contrac­ti­lity and filling pres­sures A pul­sed Dop­pler tis­sue ima­ging study. Eur J Echo­car­diogr
    2005 ; 6 : 264–70

    • philippe dit :

      Bon­jour M H, et merci de rompre le silence! Le temps de contrac­tion iso­vo­lu­mique est une donné inté­res­sante, qui s’inscrit dans l’analyse du spectre DTI sur la paroi laté­rale. Plus ce spectre est frag­menté, plus la contrac­tion est alté­rée, plus est “ramassé” sur un temps court, meilleur est la contrac­ti­lité, ce que reprend aussi l’indice de TEI. La limite de ces indices est le peu de patients dans les études de vali­da­tion (le Cir­cu­la­tion porte sur des cochons de 15 kg, mais tout est bon dans le cochon) et l’absence de don­nées en fibril­la­tion auri­cu­laire. C’est en tout cas un des élé­ments simple et rapide à mesu­rer qui peut aider à le reflexion.

  2. whiteshark dit :

    pour ma part:
    un bon regard de la PSGaxe (dilaté ou pas,hypertrophié ou non)
    voie d’éjection D en petit axe
    ana­lyse visuelle de la 4c pour la ciné­tique et la dilatation

    conclu­sion: une ana­lyse réti­nienne per­met d’avoir une bonne idée de la mor­pho­lo­gie puis ensuite on peu atta­quer au besoin les para­mètres écho­gra­phiques hémo­dy­na­miques (qui me paraissent cepen­dant moins majeurs (notam­ment au niveau de la consé­quence diag­nos­tique et thé­ra­peu­tique) que si l’on devait éva­luer une sté­nose aor­tique par exemple.

    A bien­tot et encore bravo pour tes sujets de discussion

    • philippe dit :

      Une fois de plus, nous sommes d’accord. Même si ce n’est pas beau­coup écrit, l’analyse “réti­nienne” que tu pro­pose me parait indis­pen­sable. De plus c’est le “garde fou” pour ne pas se lan­cer dans des diag­nos­tics … hasar­deux. Je suis moins d’accord avec les consé­quences thé­ra­peu­tiques de la dys­fonc­tion VD, qui sont par­fois majeures, même si c’est beau­coup plus que rare que sur les val­vu­lo­pa­thies gauches. Les indi­ca­tions de chi­rur­gie de tri­cus­pide, d’assistance droites, de CRT, peuvent repo­ser une ana­lyse cor­recte de la fonc­tion VD.
      En tout cas, regar­der le VD dans toutes les inci­dences dis­po­nibles parait déjà une bonne début!

  3. philippe dit :

    Tiens, j’en pro­fite pour signa­ler que, mine de rein, per­sonne ne s’est pro­noncé sur le cas cli­nique du début. Ça ne vous ins­pire pas? Com­ment décrire ce VD? Quelle ano­ma­lie est vrai­sem­bla­ble­ment en cause?

  4. whiteshark dit :

    j’entendais par “moindre rôle sur la prise en charge” non pas le VD qui a effec­ti­ve­ment un rôle majeur mais l’utilité des para­metres echo­gra­phiques du vd par rap­port à l’analyse visuelle sur la prise en charge

  5. doudou dit :

    excel­lente ques­tion je ne vous remer­cie pas de l’avoir posé! Quand le débat cli­nique finit par se concrétiser:adiastolie,restriction voire CPA ? le che­mi­ne­ment vers une réponse pas trop nor­mande n’est déjà pas simple mais quand on ne sait pas trop quelle est la ques­tion les réponses sont tou­jours poé­tiques…
    ceci dit au néo­li­thique du cathé droit avec charge voire pacing le fond droit de la caverne n’était sou­vent guère mieux éclairé

    • philippe dit :

      Merci de ta réponse, ca fait plai­sir de voir que ça inter­resse quelqu’un!
      Sur la boucle petit axe, le VD est dilaté et repousse le sep­tum en dias­tole, ce qui témoigne d’une sur­charge volu­mique, avec une fonc­tion sys­to­lique et un strain lon­gi­tu­di­nal nor­mal. Cette sur­charge volu­mique pour­rait être liée à une CIA, mais point de CIA, point de patch. Il reste donc l’insuffisance pul­mo­naire. L’IP est peu par­lante en cou­leur ou en dop­pler car elle s’arrète très tôt dans la dias­tole, avec un temps de demi-pression (pas la bière, le PHT), très court. Il existe par ailleurs un reflux dias­to­lique dans l’artère plu­mo­naire droite (Cf. photo).
      – Dila­ta­tion ven­tri­cu­laire et sur­charge de volume
      PHT court
      – Reflux dias­to­lique
      C’est donc une IP volu­mi­neuse chro­nique.
      Comme j’été pas bien tota­le­ment sûr quand même, j’ai demandé une IRM : VD dilaté, fonc­tion VD nor­male (60%), et IP impor­tante avec frac­tion de régur­gi­ta­tion à 50%.
      Il s’agit donc d’une IP iso­lée, pro­bable séquelle d’un élar­gis­se­ment de la voie pul­mo­naire dans l’enfance.
      A bientôt!

      • doudou dit :

        j’ai eu exac­te­ment le meme cet automne et incon­tes­ta­ble­ment le suivi des congé­ni­taux adultes sans dos­sier est très fun;j’ai pré­senté le dos­sier au chief de ped qui veut s occu­per des adultes ‚le patient ayant eu le bon gout de perdre sa semelle en 2 séquences nécro­tiques et le sep­tum man­quant un chouia d’efficacité,au delà du dos­sier d’invalidité la réponse est floue

  6. clément dit :

    Bon j’arrive après la bataille!
    quelques réflexions en vrac sur le VD:
    –j’ai du mal à me fier aux cut off de dimen­sions don­nées dans les reco, je trouve que les mesures sont très peu repro­duc­tibles même lorsque l’échogénicité est bonne. Du coup, j’aime bien com­pa­rer le VD au VG en PSGA et en 4C.
    –un article récent semble mon­trer que l’évaluation visuelle de la fonc­tion sys­to­lique VD n’est pas fiable (ling JASE 2012)
    –le TAPSE est très utile (d’accord avec phi­lippe pour dire que le SDTI est redon­dant) encore faut il se méfier des causes d’erreur d’interprétation (IT non négli­geable notam­ment). D’ailleurs, je crois que ce para­mètre est inva­lide en cas d’ATCD de chi­rur­gie car­diaque.
    –les ques­tions d’interdépendance VD-VG, de dépen­dance à la charge du VD sont pas­sion­nantes et très com­plexes, je m’y perds sou­vent quand je me lance dans une expli­ca­tion à un interne.
    –le strain VD est fai­sable, repro­duc­tible et tel­le­ment utile. il va s’imposer, à mon sens, comme un para­mètre pro­nos­tique et comme une aide pré­cieuse dans le diag­nos­tic pré­coce de la dys­fonc­tion sys­to­lique VD

    • philippe dit :

      Bon­soir Clé­ment, et merci pour ton com­men­taire. J’avais ajouté une photo sur le strain lon­gi­tu­di­nal VD en pen­sant à notre dis­cus­sion de la der­nière fois! Tu confirme l’utilisation d’un impres­sion visuelle, au moins sur la dila­ta­tion. Je pense que cette impres­sion doit être confir­mée en sous cos­tal, qui est pro­ba­ble­ment la fenêtre ou l’on risque le moins de majo­rer la dila­ta­tion VD. Pour le strain, je m’y met tant bien que mal, je trouve que le tra­cking sur un VD non dilaté est assez mau­vais, mais peut-être est-ce une ques­tion de machine? En tout cas, compte tenu du peu d’élément réel­le­ment per­ti­nent, ça vaut cer­tai­ne­ment le coup de s’y intéresser!

  7. doudou dit :

    d’accord avec les réflexions de clé­ment sauf sur le strain mais de manière géné­rale : les réserves sur la géo­mé­trie du vd sont tou­jours iden­tiques mais la qua­lité logi­cielle de la tran­for­ma­tion des don­nées phy­siques élé­men­taires en ima­ge­rie tend à nous les faire oublier, lntui­ti­ve­ment la repro­duc­ti­bi­lité me semble plus rele­ver de ce fil­trage secon­daire que de la réa­lité physique

    • philippe dit :

      A ma connais­sance, l’analyse du strain en spe­ckle tra­ckig ne repose pas sur une modé­li­sa­tion géo­mé­trique du VD, seule le contou­rage fait appel à de “l’intelligence arti­fi­cielle” pour recon­naitre une forme de VD en 4 cavi­tés (ce contou­rage est modi­fiable manuel­le­ment). C’est très impar­fait puisqu’on n’a pas l’ensemble du volume VD, mais c’est déjà bien meilleur que le S DTI qui étude un seul seg­ment du VD.
      Ce strain lon­gi­tu­di­nal reste un des seuls outils pour appro­cher la qua­lité de la contrac­tion VD, qui peut paraitre faus­se­ment satis­fai­sante à l’œil nu, en l’absence de dila­ta­tion cavi­taire ou de sur­charge de volume ou de pres­sion.
      Le “tag­ging”, dis­po­nible sur les IRM, et qui consiste à appré­cier la défor­ma­tion des car­reaux d’une grille, per­met aussi d’avoir une ana­lyse qua­li­ta­tive de la défor­ma­tion. Mal­heu­reu­se­ment, ce truc n’existe pas sur les écho­graphes.
      A bientôt.

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