Posts Tagged ‘mitrale congénitale’

ZO1 : Mitrale pas normale.

15 décembre 2013

Au final, nous sommes tous assez d’accord pour trouver que cette valve mitrale n’est pas normale, même si elle ne fuit pas beaucoup.
Si on se résume, il n’y a qu’un gros pilier qui nait de l’apex du VG, et qui se divise rapidement en deux piliers très proches.
C’est cette naissance anormale qui fait douter avec la CMH apicale et la non compaction.
Il existe cependant des cordages, courts, certes, mais il n’y pas de « muscularisation de la valve » (c’est à dire d’attache directe du pilier sur la grande valve mitrale) comme on peut le voir dans les CMH.
Autre différence avec les CMH, les piliers sont en position infero-basale, et non antéro-laterale, ce qui les éloignent de la chambre d’éjection de l’aorte. Il n’y a donc pas d’obstacle à l’éjection.
Vous trouverez ici des articles sur les anomalies mitrales rencontrées dans la CMH et là un autre exemple.

En regardant de plus près les boucles avec contraste et l’IRM, on retrouve également un amincissement septo-apical, et qui pourrait évoquer une communication inter-ventriculaire ancienne qui se serait fermée spontanément.

Enfin, concernant la non compaction VG, les critères diagnostiques sont encore un peu flous, ils sont encore différent entre l’IRM et l’échographie, mais ils reposent sur un myocarde en deux couches, un zone non compactée et une zone non compactée, avec un rapport non compactée/compactée supérieur à 2 en systole sur une coupe parasternale petit axe. Il doit y avoir des cavités sinusoïdes profondes et circulantes en doppler couleur, ce qui n’est pas le cas de notre patient

Il s’agit donc d’une « cardiomyopathie non étiquetée », probablement une variété de mitrale congénitale avec IM minime. Pas de symptômes, pas de traitement, et comme le suggérait Clément, une surveillance régulière.
Même si il n’est pas facile de suivre un patient jeune qui ne se plaint de rien!

Share

ZO1 : Aucune plainte, trois diagnostics!

9 décembre 2013

Les jeux sont faits, les diagnostics possibles tournent autour de la CMH apicale; de l’anomalie mitrale congénitale, ou de la non compaction VG.
Notez bien qu’aucune de ces maladies n’exclue réellement l’autre, puisqu’il s’agit dans tous les cas d’anomalies congénitales plus ou moins bien comprises…
La situation est détendue : pas de symptôme, et a vrai dire même pas réellement d’insuffisance mitrale significative, l’oreillette gauche n’est même pas dilatée!

Bref : une situation rêvée pour des imageurs de cœurs, en coupe fines ou épaisses.
Voici donc une étude du même ventricule en fenêtre parasternale petit axe, de la base de la mitrale vers l’apex :

Et une analyse en échographie de contraste :

Et enfin, l’IRM tant attendue, reine de l’imagerie de coupe fine, qui est au cardiologue non invasif ce que l’Opinel est au saucisson, la machine à trancher (dans tous les sens du terme) en quelque sorte… (Merci Aurélie, the DICOM Queen ;))

Quel serait votre diagnostic final?

Share

Constriction ou restriction, suite et fin

10 janvier 2012

En réponse à cet article, comme cela a été suggéré dans les commentaires, il s’agit plutôt d’une cardiopathie restricitive au sens large du terme (et non infiltrative), c’est à dire fonction VG conservée, petits ventricules, grosses oreillettes et pressions de remplissage (PRG) élevées.
Les arguments pour l’élévation des PRG sont multiples : E>A, flux triphasique avec une onde L, grande onde D dans la veine pulmonaire, valsalva contributif avec une diminution de la vélocité de l’onde E de plus de 50% et apparition d’un flux mitral inversé signant le trouble de compliance VG.

Plusieurs détails sont tout de même amusant :

1) le flux en « W » dans les veines sus hépatiques, traduit un ressaut proto-diastolique, classique dans la péricardite constrictive. L’absence d’élévation de la POD (la VCI est fine et très dépressible) laisse à penser que seul le péricarde peut être responsable de ce flux. La cinétique du septum est difficilement interprétable en post-CEC, et il n’y a que très peu de variation respiratoire sur le flux mitral. Se trouble de relaxation, si il existe, n’est donc pas le mécanisme prédominant pour expliquer la dyspnée.

2) le flux mitral triphasique avec onde L mesodiastolique peut se voire dans la pericardite constrictive! Dans cet article paru dans le JACC du 10/01/2012 (c’est tout frais!), « dynamic variation of transmitral mid-diastolic flox in constrictive pericarditis », les auteurs décrivent un flux triphasique en expiration, disparaissant en inspiration, car (disent-ils, m’sieur le commissaire), la pression auriculaire augmente en expiration dans la pericardite constrictive, du fait du meilleur retour veineux pulmonaire. Cet aspect triphasique à disparu après la péricardectomie.
Notre patient n’a cependant pas de variation respiratoire de son onde L, ce qui constitue donc un argument supplémentaire pour penser que les PRG sont élevées dans toutes les phases du cycle respiratoire, indépendamment d’une constriction VD.

3) Dernière aspect amusant du cas clinique (y a encore quelqu’un?) : Le VG n’est pas normal, il existe une CMH apicale et latérale.

Cette CMH est bien documentée par l’IRM, qui retrouve de plus un rehaussement tardif dans la zone hypertrophié :

Il y a donc bien une maladie du myocarde surajoutée à la valvulopathie aortique initiale, qui explique la persistance de la dyspnée.

Enfin (promis après j’arrête!) la mitrale n’est pas normale. Le pilier est hypoplasique, avec des cordages très longs, des cordages accessoires, une ballonisation de la GVM.

Cette association mitrale-bicuspidie n’est pas exceptionnelle et rappelle les syndromes de shone incomplets de l’adulte (mitrale parachute-bicuspide-coarctation aortique).
Il y a donc:
– des CMH avec des mitrales anormales (anomalies d’insertion des piliers, cordages longs, tissus accessoire…),
– des mitrales anormales qui donne de l’obstruction intra VG (membrane sous aortique et/ou SAM)
– des associations « obstacle à l’éjection » et mitrale congénitale comme ce cas.

Voilà, j’en ai terminé! J’espère vous avoir convaincu (je viens à peine de me convaincre moi-même) et j’espère surtout que le furosémide va convaincre le patient.
Merci à ceux qui sont arrivés jusque là, je serai ravi d’avoir votre avis!
A bientôt,
Philippe

PS : merci à la Baronne pour l’IRM 😉

Share

Le loto, le numero complémentaire

15 novembre 2011

En réponse au cas clinique précédent, il s’agit donc soit d’une « tri-leaflet mitral valve », soit d’une fente postérieure isolée. Étant donné la rareté des cas cliniques publiés (même si il semble qu’un autre cas soit sur les rangs pour la publication!), les éléments permettant de distinguer l’un de l’autre sont faibles…
On pourra remarquer :
– que la « tri-leaflet » ne fuit pas ou très peu, et que par conséquent elle probablement sous diagnostiquée, contrairement à la fente.
– que la fente postérieure isolée est très rare, comme en témoigne cette série rétrospective :
« The prevalence of isolated cleft of the posterior mitral valve leaflet in all patients examined was 0.11% (n = 22 out of 19 320 evaluated echocardiograms); male gender was predominant (73%). Dyspnea on exertion was present in almost all patients with at least moderate regurgitation. The predominant localization of the cleft was within segment P2 (59%), followed by a cleft between P1/P2 (18%). An isolated cleft in segment P3 or segment P1 occurred twice in each segment (n = 2; 9%) and between P2/P3 once (n = 1; 5%). Regurgitation was severe in 50% (n = 11), moderate in 9% (n = 2), mild in 27% (n = 6), and only trivial in 14% (n = 3) of the patients. Surgical treatment involved reconstruction with ring annuloplasty in 45% (n = 10) and replacement in 4.5% (n = 1). A total of 11 patients (50%) with mostly mild or trivial mitral regurgitation were treated medically only. »

Enfin, en regardant de près l’acquisition 3d dans la vue ventriculaire, il apparait qu’il existe une seconde indentation assez profonde (ou une deuxième fente???), délimitant un feuillet commissural postérieur assez large, à gauche de l’écran :

Bon, ceci dit, il y a probablement un certain degré de confusion dans les esprits, si l’on en croit cet article, qui parle de fente isolée de la PVM, avec une image d’ETO 3D très similaire à celle obtenue ci dessus…

Il s’agit donc probablement d’une valve mitrale à trois feuillet et d’une biscupsidie aortique soit 5 feuillets valvulaires en tout pour le cœur gauche, avec juste une petite erreur de distribution!

Share