Posts Tagged ‘echographie cardiaque’

Mais où est donc ce grand corbeau noir?

25 septembre 2019

Dans ce post, Olivier nous proposait un cas clinique pour le moins complexe, d’une structure semblant développée au dépens de l’appareil sous valvulaire mitral.

Je vous dis tout de suite, nous n’avons pas de réponse certaine, et vos réactions sont globalement assez unanimes : « on n’a jamais vu ça! ».

Voici d’ailleurs deux autres vidéos de l’ETO que Olivier m’a envoyé.

Moi, je suis comme vous, je n’ai jamais vu ça. Mais j’ai vu un truc sur Twitter qui pourrait y ressembler : le « blood cyst » : https://journals.sagepub.com/doi/10.1177/0300060519826462

Notez comme le contraste « moule » la structure sans la rehausser, ça ressemble aux image d’ETO-couleur, non ?

Chez Olivier, ils n’achètent pas le « blood cyst », ils penchent plutôt pour une membrane sous aortique complexe.

Au final, c’est probablement assez proche, il y a une ébauche de SAM et des anomalies prononcées de l’appareil mitral, avec une membrane sous aortique dont on sait qu’elle souvent associée à d’autres anomalies de la voie d’éjection gauche (insertion direct des piliers sur la valve, cordages aberrants implantés sur le SIV etc…).

Je pense, à lire l’abstract, que ce cas est assez similaire, malheureusement, je n’arrive plus à accéder au grand corbeau noir qui m’apportait les articles en « full text » en quelques secondes… Fini la science amusante…

Logo de Sci-Hub

Et bien d’autres diagnostics resterons inexpliqués, car le recrutement d’Olivier est assurément incroyable. Avez vous déjà eu à traiter un comme celui-ci?

Pour vous remercier (Olivier pour le cas et vous pour les commentaires), je vous offre avec cette abominable version française de « video killed the radio star » : « mais qui est donc ce grand corbeau noir? » Si vous y aviez échappé en 1981 (veinards), écoutez, ça vaut son pesant de cacahouètes…

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Attention, chute de bloc

31 juillet 2019

Yara nous avait déjà fait profiter de l’incontournable demande d’échographie justifiée par une vilaine onde Q en aVr sur l’ECG de surface. Cette fois, l’urgence de la demande d’échographie s’impose d’elle même :

Y a-t il un lien possible entre une chute, et un bloc de branche droit ET gauche d’apparition simultanée?

Et que vient faire cette mystérieuse découverte de fibrillation atriale qui semble aussi complète qu’une galette oeuf-jambon-fromage?

Y aura-t’il une hyopkénésie, (terme issu du langage Mattel, qui traduit l’absence de Ken, ce qui ne manque pas d’attrister Barbie).

Bon courage pour ceux qui travaillent en Août, tiens, pour vous aider un peu, je vous offre cette hyperKénésie!

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Down by the reverse SAM

11 février 2019

Un patient est adressé en échographie d’effort pour l’évaluation d’une cardiomyopathie hypertrophique sous traitement bêta-bloquant. Les images ne sont pas très belles, comme souvent sur le vélo, et je vous prie de m’en excuser par avance. On distingue cependant nettement un SAM de la grande valve, (systolic anterior motion), responsable dès ces acquisitions de repos d’un gradient sous aortique et d’une insuffisance mitrale non négligeable :

Gradient instantané de repos

Pas toujours idéal de partir pour un tour de bicyclette dans ces conditions, mais comme y avait Fernand, Firmin, Francis et Sébastien et puis surtout Paulette, on se motive pour un protocole progressif de 20 Watt en 20 Watt.

Et là, shazam, le gradient diminue à l’effort et l’insuffisance mitrale disparait.

Gradient instantané obtenu par Pedoff durant l’effort.

Comment expliqueriez-vous une telle régression des anomalies à l’effort? Faut-il laisser le patient pédaler à tout jamais pour que l’insuffisance mitrale ne revienne plus?

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New kids on the block

22 janvier 2019

Dans l’article précédent, un nouveau corps étranger a fait son apparition dans le ventricule droit. Après fouille du dossier, comparaison avec les échos précédentes, c’est finalement le patient lui-même qui nous apporte la solution (comme assez souvent, au final…) : on lui a posé un pacemaker sans sonde.

Le MICRA, puisque c’est son nom, est un des innombrables dispositifs qui vient grossir les rangs du TAVI, des Amplatzer, occluder d’auricule, mitraclip et autres prothèse implantables…

Chacun de ces bazars est susceptible de s’infecter, ce qui promet de beaux challenges aux échographistes de demain.

L’échographie, issue du SONAR (sound navigation and ranging), était développer pour différencier les sous marins nucléaires (image de droite ci dessous) d’un banc de crevette (image de gauche). Mais que faire quand le nombre de trucs métalliques intra-cardiaques sera supérieur au nombre de globules en transit???

Lorsque le TAVI et le TMVI seront en place, avec un MICRA et un dispositif pour occlure l’auricule, le nombre d’artefacts sera tel que seul le scanner pourra être pertinent. Quant au cœur artificiel… Nos méthodes d’imagerie seront parfaitement inutiles…

Concernant le MICRA, en dépit d’une expérience balbutiante, il semble que les nécessités d’extractions soient très faibles, comme dans cette série. 

Sur 989 patients implantés, aucune extraction de MICRA n’a été nécessaire pour infection de matériel sur un suivi de 2 ans.

Bravo à Maxime pour la bonne réponse, et merci à tous pour vos propositions. Je ne peux pas décemment conclure cet article par une chanson des New Kids, je vous laisse donc avec des Old Buddys, les « Eagles », et cette balade délicieusement ringarde, premier single sorti juste avant « Hotel California » et issu du même 33 tours.

A bientôt!

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I say high, you say low

7 janvier 2019

You say why, and I say I don’t know…

Ce sont les paroles de « Hello Goodbye » des Beatles, auteurs ô combien précurseurs des premières recommandations sur l’évaluation des pressions de remplissage gauche en échographie : « Je dis élevées, tu dis basses, je te réponds que je n’en sais rien, ouhou ».

C’est également le propos (si je l’ai bien compris ) de cet article à charge contre les recommandations 2016 de l’évaluation des pressions de remplissages gauches, paru récemment dans les ACVD.

En effet ces nouvelles recommandations posent plusieurs problèmes. Le premier, et non des moindres, est celui d’avoir été établi comme un consensus d’expert avant les études de validations, qui ont été publiées plus récemment (dans un but de simplification des recommandations 2009 jugées trop complexes).

Le second problème, c’est cette étude de validation « Euro-Filling Report » de l’EACVI qui porte sur 159 patients (la plus grosse cohorte à ce jour…). Outre le petit nombre de patient, il s’agit de comparer l’algorithme 2009 à la version 2016, avec comme gold standard la PTDVG (mesurée en post coro? pré coro?) chez des patients adressés pour suspicion de coronaropathie. Le champ de la validation se transforme en jardinet. Dans cette étude la valeur prédictive positive est à 39% avec l’algorithme 2016 et 49% avec 2009, la valeur prédictive négative est à 93% (2016) Vs 71% en 2009. En clair, si vous concluez à une élévation des PRVG, vous avez une chance sur deux d’avoir tort!

D’autres points méthodologiques sont soulignés dans cet article que vous lirez peut-être, si vous avez le temps, mais revenons à notre patient de Décembre. Si on se réfère à 2016 les PRVG sont normales : flèche du milieu, E/A< 0.8; E/e'<14, TR<2.8 et OG tout juste à 34 ml/m².

Si on se réfère à 2009, ou à ce nouvel algorithme proposé dans cet article des Archives, les PRG sont élevées : E/A<0.8 mais HVG, Ap>Am de 67 msec, OG dilatée.

Pour conclure, je dirais, comme Philippe, que l’onde L me parait être pathologique, et j’ai conclu à des PRVG augmentées. Mais comme Clément, je ne suis pas trop sûr de mon coup… (Pour info, il existe également une IM fonctionnelle entre 2 et 3/4 en fonction des examens, le BNP est à 150).

Il existe à mon sens une confusion entre outil diagnostic et outil pronostic (un peu comme avec le BNP…). Comparer l’évaluation écho avec le KT revient à considérer l’écho comme un outil diagnostic, qui sous entend un geste thérapeutique (les diurétiques). Or il s’agit souvent d’indices de mauvais pronostic (dysfonction diastolique), pour lesquel l’intervention thérapeutique pour les FEVG conservées n’est pas claire.

En bref, « we need more study, we need a cure »

Merci pour votre participation, et bonne année!

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You say yes, I say no

28 décembre 2018

Pour conclure 2018, je vous propose un retour aux basiques, avec un sujet aussi standard qu’un standard des Beatles.

Un patient de 81 ans, surface corporelle à 1,8 m2, hypertendu et coronarien revascularisé par stent, est adressé pour une échographie de contrôle avant sa consultation annuelle.

Fonction VG normale. Pas de séquelle d’infarctus. Comment concluriez vous quant aux pressions de remplissage gauche, auriez vous réaliser d’autres mesures, et si oui lesquelles?

PS : Veuillez excuser la qualité des images, petit problème technique de Noël, désormais réglé (jusqu’à la prochaine mise à jour…)

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Le mot compte triple

26 novembre 2018

Pour obtenir rapidement un rendez vous d’échographie cardiaque, il y a plusieurs méthodes.

La plus classique est la demande bidonnée, avec des vrais morceaux de mots clefs dedans :c’est la demande de la médecine interne, ce service dans lequel tous les patients ont une fièvre inexpliquée, sans point d’appel clinique en dehors de ce souffle cardiaque qui n’existait pas la veille. Efficacité excellente, mais risque d’usure rapide, à utiliser avec parcimonie.

La seconde astuce est le mode de fonctionnement type « urgences » :  » je t’appelle pour ce patient BIEN CONNU DE VOS SERVICES, qui sort de Cardiologie, il est suivi PAR LE PATRON, LASILIX-NITRIDERM- BNP- troponine ». Ce système repose, vous l’avez compris, sur du « name dropping » et l’accumulation de mots clefs agencés de façon beaucoup plus hasardeuse, mais qui fini par persuader l’interlocuteur qu’il sera plus long d’essayer de comprendre que de faire l’écho.

La troisième technique, largement répandue dans le domaine de la demande d’examen complémentaire, et celle du « FDGI » (pour Foutage De Gueule Intégral), les principes en sont clairement énoncés sur le site « prendsmoipouruncon.com » que je vais bientôt mettre en ligne si mon appel de fond (2 500 000 dollars) fonctionne.

La demande suivante, fournie par Yara (merci Yara!), est un subtile mélange des deux dernières techniques, et il faut bien avouer qu’elle force l’admiration, c’est du pur génie.

L’occasion pour moi de vous remercier pour les demandes envoyées et de vous solliciter si vous avez un demande d’examen exotique, ou un cas clinique de cardiologie cardiaque que vous souhaiteriez partager avec d’autre cardiologues du cœur.

A bientôt!

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Freecloud

22 novembre 2018

Merci à tous pour vos réponses à ce cas clinique, réponses qui résument bien les hypothèses possibles.
Les cusps paraissent épaissies, la fuite est difficilement quantifiable mais la valve semble bien « poreuse »…

L’aspect peut faire évoquer des végétations infectieuses, bien-sûr, mais comme l’ont écrit les collègues dans les commentaires, aussi un SAPL ou surtout une endocardite marastique, dans le contexte. Les hémocultures seront négatives, et le PET scanner également normal (que ce soit sur le cœur ou sur une éventuelle néoplasie évolutive). La recherche d’anticorps est également négative.

Le TM sur la valve est en tout cas en faveur de végétations (septiques ou non), avec cet aspect en nuage, ou en « papier déchiré » chère au Pr Morcef, qui fait des vidéos un peu Old School, mais tout à fait passionnantes… (comme Point Break).

Tout est expliqué là :

Les suites ont été marquées par un nouvel épisode embolique et une majoration de l’insuffisance aortique avec une petite décompensation cardiaque. Fort de ces 3 indications chirurgicales, et avec le feu vert des collègues neurologues, nous avons adressé la patiente en chirurgie.
Voici les photos du bloc (merci au chirurgien, qui se reconnaitra peut-être malgré le masque, le calot et les lunettes loupes), les végétations sont bien attachées au versant ventriculaire des sigmoïdes (sans les nommer, pour ne pas choquer Axel ;)).

Je dois dire que le coup du nuage en TM m’a bien aidé…

Voilà. En attendant l’ARN 16s de la valve, une nouvelle video de Bowie qui se fait un peu rare sur le blog ces derniers temps : « The wild eyed boy from freecloud ».

C’est à la fin de ce concert en 1973 à l’Hammersmith Odeon de Londres qu’il « tua » son personnage de Ziggy Stardust, (à la grande stupéfaction du public et de ses musiciens!), pendant que je venais au monde, pour le remplacer.
Coïncidence?
Je ne pense pas.

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Accrobranche

8 octobre 2018

Grâce à Philippe, je reçois cette demande d’échographie cardiaque au titre accrocheur :

L’acrosyndrome, ou phénomène de Raynaud, est un motif acrobatique de demande d’écho cœur, acrobatie d’autant plus périlleuse qu’il est asymétrique. Il ne faut pas hésiter à se rattraper aux accrobranches.

Demande bizarre du DBC 2018? (Pardonnez moi cet acronyme).

IL y a pourtant un possible lien, l’acrosyndrome étant parfois un mode de révélation du myxome de l’oreillette, comme le relate cet article de la semaine dernière. Le texte intégral vaut son pesant de tumeurs bénignes, le diagnostic de myxome était fait par un combo écho TM sur la grande valve mitrale, angiographie et cathétérisme.

Voici un cas similaire, un peu plus récent, de Raynaud associé à un myxome bi-atrial :

Myxome from fish Nip echocardiographie on Vimeo.

Quant au diabète, c’est probablement une acromégalie!

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Le courrier du coeur

20 août 2018

Dans le mois d’août, quelques personnes m’ont entendu, (alors que Sigourney Weaver attend toujours que quelqu’un la sauve du huitième passager…).

Le Retrecissement aortique ne parait pas critique, la vitesse maximum est à 3.4 m/sec, le gradient moyen entre 25 et 29 mmHg, et surtout, la valve semble s’ouvrir encore un peu, et ne parait pas massivement calcifiée. Le VG est certes petit, mais ne passe sous la barre des 35 ml/m².
Seul problème, la surface aortique calculée est à 0.7 cm².
La mesure de la chambre de chasse est toujours un exercice difficile, mais compte tenu de la petite taille de la patiente, ce 18mm parait cohérent.

La surface aortique est elle réellement le « gold standard » de l’évaluation du RAC?
C’est la question qui se pose sérieusement à la lecture du courrier du cœur (Heart Journal) :
Use of routinely captured echocardiographic data in the diagnosis of severe aortic stenosis, publié ce mois ci.

Ayant fait l’acquisition d’un logiciel d’échographie commun en 2013, le Minnesota et le Wisconsin ouest ont constitué une data base suffisamment large pour identifier 77 067 patients pour lesquels l’évaluation aortique est complète, (sur les 213 174 patients screenés…)
Ces échographies ont été relues et reclassées selon les recommandations de l’ASE 2014 qui précise dans le texte :

« The definition of severe AS is based on natural history studies of patients with unoperated AS, which show that the prognosis is poor once there is a peak aortic valve velocity of >4.0 m per second, corresponding to a mean aortic valve gradient >40 mm Hg ».

Chaque élément de l’écho est ensuite analysé, puis une analyse combinée a été réalisée pour définir le meilleur « combo ».
La Vitesse maximum à plus de 4m/sec à une sensibilité de 70 %, spécificté de 99%, VPP (valeur prédictive positive) 81% VPN 99%
Le gradient moyen à plus de 40 mmHg : sensibilité 62, spécificité 99, VPP 89%, VPN 99%
La surface valvulaire calculée à moins de 1cm² : sensibilté 94%, spécificité 97%, VPP 37% et VPN 99%
La valeur de surface indexée à moins de 0.6 cm²/m² : sen 97% spe 95, VPP 23%, VPN 100%

La probabilité d’avoir effectivement une sténose serrée lorsque la surface valvulaire est à moins de 1cm² (sans les autres critères) est de 37%, et 23% pour la surface indexée à moins de 0.6 cm²/m²…

La meilleur combinaison est une salade composée de la Vmax, du gradient moyen et d’un rapport des itv (ou d’un rapport des Vmax) sous aortique et aortique, qui permet d’obtenir une sensibilité de 92% et spécificité de 99%.

Pour revenir à notre patiente, 45% d’entre vous ont considéré (comme nous!) que le RAC n’est pas suffisamment sévère pour justifier une prise en charge spécifique avant la chirurgie orthopédique. La petite surface corporelle (1.45 m²) est également un élément rendant l’interprétation de surface difficile. la probabilité pour que le gradient post RVAo soit le même qu’en pré-opératoire n’est pas nulle…
36% ont envisagé le TAVI et 9% le RVAo chirurgical.

Cet article publié dans le silence du mois d’Août, va certainement faire quelques vagues dans les mois qui viennent, et peut-être impacter les prochaines recommandations?

A moins que la vague n’atteigne jamais la lune et finisse par se coucher sur le sable.
(la cigarette de Joe Dassin, elle, a bien atteint l’océan!).

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